Un film très important et profondément attachant. Important au-jourd’hui plus que jamais car il faut se souvenir de ce qu’a été l’exile, le refus de l’accueil des réfugiés, la ségrégation religieuse, les violences psychologiques et physiques exercées, sur une partie de la population, par ses propres compatriotes, et pas seulement par l’envahisseur, et cette horreur particulière : la cruauté envers les enfants. Mais aussi se souvenir que la résistance est possible, au péril de sa vie, rappeler que des hommes ont tenu tête, en soutane parfois, et que des excès ont eu lieu de part et d’autre. Il est impossible de ne pas penser aux drames en méditerranée, aux migrants remontant à pied vers l’Europe du Nord, arrêtés par des barbelés et des hommes en arme. Impossible de ne pas penser aux MINA (mineurs non accompagnés) qui, aujourd’hui encore, essayent de survivre à nos portes, chez nous.
Ce film est une fois de plus (après celui adapté du même roman par Jacques Doillon) le récit d’un drame familial et universel durant la seconde guerre mondial dans une famille juive ordinaire et parfaitement intégrée. Tout cela est dépeint avec tact, dans un style d’écriture efficace et sans grande invention, mais avec un très bon rythme, le concours d’une musique (Armand Amar) qui contribue beaucoup à structurer les séquences. Bref on est dans le « grand
classique » du film français de la vie durant la guerre. Beaucoup de voitures d’époque, des trains à vapeur, des extérieurs magnifiques, une reconstitution très crédible. C’est très soigné faute d’être d’un style puissant. Le réalisateur, qui a beaucoup de métier, avait séduit avec Jappeloup (34).
Il y a quelques séquences façon Le choix de Sophie qui, véritablement, arrachent le cœur. Et Patrick Bruel y donne le meilleur de lui-même, comme les enfants qui sont parfaitement bien choisis et dirigés.
Une fois encore, quelle que soit la sympathie que le film inspire, je ne peux que rester perplexe devant l’intervention du tax shelter pour ce genre de production où la Belgique ne joue strictement aucun rôle (à l’exception, pour un second rôle, à l’accent du midi très prononcé). Un jour cela va mal finir ce petit jeu qui consiste à utiliser l’argent du contribuable belge pour le cinéma des voisins.