Ne craignez pas le décret anti-immigration de Trump : à la vision de ce film vous serez immergé au cœur d’un coin des U.S.A., incroyablement anonyme, banal, petit bourgeois, que l’on qualifierait volontiers « d’Amérique profonde » comme s’il n’y avait qu’une région pour qualifier cette singularité des provinces oubliées où rien, semble-t-il, ne peut se passer. Nous allons suivre un ouvrier « homme à tout faire » allant de w.c. bouchés en robinets qui coulent. Mais à la suite du décès de son frère, le voilà responsable de son neveu. Le film narre le bouleversement de ces vies qui n’étaient en rien faites pour s’harmoniser. Et une sorte d’anamnèse pour l’oncle fait aussi l’objet de ce film.
Il est long, répétitif, sans rien qui brise cette monotonie admirablement dépeinte et qui donne à ces destins un air de fardeau sans perspectives. Tous les personnages sont plus vrais que vrais,
les situations plus ordinaires qu’une routine, les drames sont des vrais faits divers, écrasants de banalité. Et tout cela suinte l’ennui, la morosité et les tensions que notre personnage principal n’arrive pas à exprimer par des mots, par des échanges verbaux. Alors il frappe, il cogne de temps en temps, comme des gamins dans des kermesses trop arrosées.
Un des intérêts, subtile, de cette narration, est sa construction qui repose sur des flashback. Mais ils sont, une nouvelle fois, le moyen un peu artificiel de créer du mystère en ne révélant les clés de compréhension de l’histoire que petit à petit pour pouvoir distiller des autres séquences de façon un brin mystérieuse. Et c’est vrai que la diversité des situations décrites, évoquées, rappelées, fait de ce film un récit singulier, attachant si l’on surmonte le léger engourdissement de ces vies banales qui nous sont si bien dévoilées.