C’est un film à commenter sous plusieurs angles. D’abord pour rappeler que ce réalisateur belge a été remarqué pour deux longs métrages déjà : Les barons et La marche (097). Les Barrons auraient pu être un film très réussi, car le sujet était bon ; le sujet de La marche aussi mais cela n’a pas marché, car le réalisateur a été écrasé par l’ampleur du propos et l’étroitesse des moyens mis en œuvre. Ici le réalisateur a trouvé chaussure à son pied et ça marche. Le métier est entré. Et la production est essentiellement flamande.
L’autre considération qui s’impose est la réussite « multicultu-relle » et du sujet et de la production flamands-wallons et belges-marocains qui font très bon ménage. Et rien que cela mérite d’être souligné de façon chaleureuse. Puis il y a une photographie très forte, sombre, avec des ciels impressionnants, des effets bien assumés, des positions de caméra intéressantes, une grande vigueur dans les cadres et les mouvements d’appareil. Robrecht Heyvaert (*Black 176, D’Ardennen 171) est certainement une valeur sûre du cinéma. Le casting est sans faille et démontre que, surtout du côté néerlandophone, nous n’avons pas à rougir, en Belgique, par comparaison à ce qui se voit ailleurs dans ce type de film. La musique est parfaitement utilisée, même si elle est très connotée par les stéréotypes du genre. Les dialogues sont d’une grande force et cela fait du bien à entendre, surtout mâtiné des accents dont les flamands ne se privent pas d’user dans leur cinématographie.
Ce qui, par contre me semble être la faiblesse du film, c’est qu’il est écrit entre deux chaises : le polar pur et dur, le politique audacieux.
C’est par le politique que cela commence et l’on aurait aimé que cette veine soit exploitée plus en profondeur. Certes, on y revient de loin en loin, mais sans convaincre, et c’est dommage. Alors reste le film crapuleux. Et cela ne m’intéresse que petitement, car voir des gens qui se tirent dessus, qui se tapent dessus, qui se terrorisent avec fureur, ne me semble ni un témoignage de notre époque, ni une distraction charmante. En outre il y a plusieurs moments dans le scénario qui font l’impasse sur la vraisemblance, qui recourent aux clichés les plus éculés.
Au-delà de ce film très bien mené, je ne peux m’empêcher de ressentir qu’un style « flamand » du cinéma d’action s’impose avec une grande réussite et certains talents.
Pourquoi n’arrive-t-on pas en « communauté française » à fabriquer ce type de produit ? Si encore c’était pour se concentrer sur des chefs d’œuvres...
L’angle mort, c’est dangereux lorsque l’on se fait dépasser ou que l’on fait marche arrière. Les deux peut-être.