Un film qui sort de l’ordinaire. Il dépeint le quotidien de jeunes à la recherche d’un peu d’argent gagné en faisant du porte à porte, de ville en ville. Nous voilà donc en route à travers quelques états des États-Unis, en mauvais état. Des personnages, nous ne saurons pas grand-chose ; le spectateur les observe au jour le jour.
Le personnage central est observé aussi, de façon plus intense, mais ce n’est pas son point de vue que la réalisatrice adopte. La chronologie est simple, les scènes s’enchaînent avec fantaisie, sans que jamais la répétition ou l’ennui ne s’installe. Ce n’est pas fleur bleue, et les instincts s’expriment de façon très sommaire. Ça copule comme des animaux de la jungle, ça boit, ça chante, et en somme, c’est encore un no future au quotidien. Sauf que tout de même le rêve, le romantisme pourraient, tel le Phénix...
Ce qui m’a paru passionnant dans le film c’est « l’écriture visuelle » au sens de l’écriture tracée à la main ; bien entendu par une caméra d’une volatilité éblouissante, toujours au bon endroit, mais à des points de vue inaccessibles, pourrait-on croire. Et pourtant...
Comme le film se déroule en grande partie dans un minibus, cette ductilité extraordinaire aide. En plus, le cadre est le bon vieux 1:33, le 4/3 des télés d’avant. Ce qui rétrécit métaphoriquement l’univers, le champ de vision que l’on porte sur ces vies étriquées, sans perspective. Il y a un parfum de Dogma dans la technique de prise de vue. Et le bouillonnement des acteurs, professionnels et amateurs, donne une vivacité intense et farfelue au récit.