A ne pas rompre : c’est un film très fort : fort long, fort intéressant, fort ennuyeux et formidablement réalisé par l’un des plus importants réalisateurs du 7e art.
Jean Lacouture, dans ses deux tomes passionnants Jésuites, mentionne en 1549 le débarquement de François Xavier au Japon, début d’une christianisation funeste et délétère, comme toute tentative d’imposer à d’autres ses croyances et sa religion. Telle est la toile de fond de ce récit qui se traîne un peu, avec une lourdeur que le propos métaphysique lénifiant rend parfois presque enfantin. Pour devenir apostat, il faut poser le pied sur une image sainte... Et l’inquisition japonaise impose cet acte aux chrétiens qui essayent de vivre leur religion dans un pays bouddhique, intolérant et médiéval.
C’est superbement filmé avec des images dignes de Rembrandt, du Gréco, de Géricault, des paysages d’estampes, des costumes
extraordinaires, un casting et des figurants absolument saisissants, tous. Et des visages dignes d’un Jérôme Bosch du pays du soleil levant. Les tensions « extérieures » (recherches par les soldats de l’inquisition, menaces dues aux traversées par bateau, etc.) comme « intérieures » (que faire pour servir dieu, comment se comporter devant le chantage de l’Inquisiteur, etc.) sont extrêmement bien construites. Mais c’est parfois un peu lourdingue.
Là où le spectateur reprend pieds, c’est lorsqu’il comprend que ce film parle de la contre-réforme, de Daesh, de l’holocauste, des arméniens et autres fariboles dont les frères humains ont toujours eu le chic de l’imposer à leurs contemporains.
Une des curiosités du film est son absence de musique « extradié-gétique » (d’accompagnement) et à peine quelques sons « diégé-tiques » lorsque les sources sont visibles dans l’action.