Barbares pourrait-on dire pour rester dans le cinéma belge. Mais ce n’est pas faux. Le film se passe en Belgique et est d’une apparente violence morale. Il s’agit de l’usage d’imposer un mari aux filles pakistanaises. Même ici en Belgique ! Par skype, car il faut bien vivre avec son temps.
Le film est parfaitement réussi et les sujets abordés, d’une très grande importance, celle du destin des femmes. Certes la narration est d’un grand classicisme et la systématisation des plans proches, serrés sur les personnages, si elle donne une particulari-té au spectacle, contribue surtout à faire ressentir le côté étriqué de ces vies très « cadrées », sans perspectives. Une des réussites du récit est de démarrer en abordant un autre thème que celui annoncé par le titre. Très sensible, très intéressant comme traitement d’un moment où les questions essentielles se posent dans la vie d’une femme.
Puis, au fil des jours, nous apprenons à connaître les protagonistes, essentiellement membres de la famille. Des acteurs remarquables, tous, par leur authenticité, leur finesse d’interprétation. Seul Olivier Gourmet est mauvais comme à l’ordinaire.
Un coup de chapeau particulier pour la « grande sœur » qui apparaît soudain, belle et heureuse, ralliée aux lois et usages de son pays, essayant d’emporter l’adhésion de sa cadette. Aurora Marion interprète ce rôle avec une grâce et un talent remarquable, donnant à croire au spectateur, pendant un moment, que cet usage contraignant du mariage arrangé peut déboucher sur le bonheur.
Nous savons la fin de l’histoire puisqu’elle est inspirée par un drame qui a eu lieu. Mais le réalisateur a adopté un ton, dans sa narration, qui nous fait oublier que la tragédie se termine toujours de façon tragique. Belle allusion durant une lecture en classe qui annonce l’épilogue. Ce film va nourrir les débats, va faire réfléchir certainement et constitue ce fond de « cinéma moral » qui remonte le moral.
Une chose encore : j’étais très opposé à la « récupération commerciale », à mes yeux, par Lafosse de l’affaire du matricide, parce que le père, l’ami, y étaient, semble-t-il, opposés. Dans le cas de Noces, deux différences essentielles me rendent l’utilisation du fait divers moins choquante : le fait que le crime est plus « ordinaire » en quelque sorte, le fait surtout que la seule victime en est morte. Elle ne souffrira donc pas de l’usage fait de son histoire dans le film. Peut-être même pourrait-on se dire que le film fera avancer la cause qu’elle défendait et qui lui a été fatale.