Les Atrides dans les faubourgs du Soleil Levant. L’histoire très tragique est contée mezzo voce avec une élégance raffinée, un jeu d’acteur très subtile et un sens du récit très maîtrisé, comme une légende antique dont le déroulement prévisible réserve cependant de grandes surprises et des rebondissements aussi étonnants que ceux ménagés par la vengeance, la mort, la descente aux enfers. Un homme revient au sortir de prison. Il s’insinue dans une famille très bien sous tous rapports. Un couple et leur charmante fille, qui préparent une exhibition à l’harmonium dans sa paroisse protestante. Et à partir de là, les non-dits, les tensions puis les drames, vont affleurer. Subtilement, dans une sorte de chorégraphie sociale qui accentue beaucoup le dépaysement
que le Japon semble porter en lui. Voilà le ton, reste l’histoire à découvrir comme un repas de plats multiples, dégustés avec des baguettes qui, par petites bouchées, vous révèlent la saveur puissante de l’ensemble. La tragédie est structurée en trois époques. Nous ignorons tout de la première ayant eu lieu, il y a dix ans ; les deux autres sont séparées de plusieurs années aussi. Les acteurs ne donnent aucun de ces signes psychologiques qui sont la signature la plus boursoufflée du cinéma français bavard. Rien de tel ici, que des moments de tensions contenues, des gestes rituelles de la vie quotidienne, et la grande beauté de la nature qui sera par moment l’enivrant espoir d’échapper aux forces du mal.