Il est des films qui se méritent ! En voici un de 3 heures. Façon Festen, avec un parfum de La Noce chez les petits bourgeois. Le tout, sauce roumaine.
Il y a peu, Le Baccalauréat (343) et le film 4 mois, 3 semaines, 2 jours nous avaient montré le côté le plus olé olé de ce pays en pleine crise existentielle ; ce film-ci en rajoute une fameuse couche. Il faut se laisser pénétrer par ce récit sans histoire. Une famille se réunit, très à l’étroit, dans un appartement modeste où la mémoire du patriarche est célébrée lors d’une cérémonie de deuil. Tout le monde est là, et c’est beaucoup de monde. Très serré, à un point tel que les plans les plus larges sont « poitrine ».
Impossible de cadrer en plan américain tant le lieu est exigu. La lumière est épouvantable et fini par devenir un style, les cadrages feraient pâlir de jalousie les frères Dardenne, la caméra « colle » véritablement aux visages, aux épaules, aux dos et passe de l’un à l’autre, pour essayer de suivre ce mouvement incessant de gens qui vont et viennent dans 50 mètres carrés.
Après des propos très politiques d’attente, arrivent enfin le religieux chapeauté et barbu à souhait, avec son diacre qui ajoute au ridicule du personnage. Ils se livrent à toutes les singeries d’un service religieux archaïque et ridicule dont on ne nous épargne rien.
Il y a la veuve et d’autres dames d’âge, replètes, les cheveux mal teints, noués en chignons un peu gras. Les hommes dans la maturité, costaux et frustres, qu’ils soient militaires ou médecins (décidément cette profession est très sollicitée par les cinéastes roumains). Les jeunes aussi, très fougueux. Trois générations sont représentées (quatre même si l’on ajoute le bébé qui crie lorsqu’il faut) et les discussions politiques sont assez échevelées. Le 9/11, l’ancien régime, la théorie du complot, sont des sources de discordes. Une amie toxico s’est imposée et devient un running gag assez amusant. Un beauf des Carpates, façon métis mexicain-rom, gominé et moustachu, va nous valoir une scène d’anthologie avec sa femme et la douairière.