Ce film est un documentaire de 52 minutes dont le sort semblait strictement réservé à la télévision et qui est exploité en salle ; avec, apparemment, un certain succès dû peut-être à deux choses : il parle d’une population assez précise, les rwandais, loin de toute tragédie sociale, et d’autre part le film aborde les questions de sexualité de façon très intime. En effet il est plaisant de voir des personnes « anonymes » filmées, interrogées, heureuses dans un pays sublimement beau et bien montré. Une animatrice radio est le « fil conducteur » de cette enquête-reportage et elle est attachante, haute en couleurs. Son franc-parlé ne dépasse pas l’amusante provocation et ne devient jamais invasive pour l’intimi-té et la pudeur. De là, peut-être, une certaine insatisfaction quant au sujet abordé ; on nous en dit beaucoup, mais nous en apprenons bien peu.
Déjà le concept de « femme fontaine » est loin d’être connu de tout le monde, certains couples peut-être n’en ont-ils jamais fait la découverte. Scientifiquement, il semble que la question soit encore très controversée. Bref, le spectateur restera sur sa soif s’il espérait être bien et complétement informé.
La sensibilité ethnique ne m’a pas non plus convaincu : je ne suis pas spécialiste des questions raciales, moins encore liées à des
« sous unités » particulières, les rwandais des mille collines, ici à la limite de la stigmatisation. Les rwandais « savent et pratiquent » ce charmant complément aux joies de l’amour. Mieux que d’autres, comme s’ils en avaient le don, presque les caractéristiques génétiques... Et ce genre de sous-entendus me met mal à l’aise. Aurait-on accepté qu’un film se fasse sur une particulari-té anatomique comme les pieds plats, la forme du crâne ? Faute d’aller, si j’ose dire, au fond des choses, le film se répète un peu, multiplie les propos qui ne se différencient que par la succession de ceux qui les tiennent. Un petit détail qui a retenu mon attention, lors de la visite d’un couple chez le gynécologue : la planche anatomique utilisée par le médecin pour expliquer la complexité de l’entrejambe d’une dame, montre cette partie du corps d’une femme... blanche !
Bref, L’eau sacrée reste un joyeux phantasme que ce film abreuve sans étancher notre soif.