Voilà un film qui marque. Pour 3 raisons au moins qui se mélangent harmonieusement dans un récit linéaire, lisible, aux thèmes entremêlés et importants. Les médias ont parlé du film pour son versant politique : le Front National comme si vous y étiez. Et l’on pourrait s’y croire, tant le sujet est observé par le quotidien le plus banal de gens les plus ordinaires.
Derrière Le Front, il y a les milices, les cogneurs, les brutes imbéciles. Et les liens incestueux entre Le Front et l’arrière-boutique sont bien montrés, pas du tout de façon simpliste. Toute la complexité du poids de l’histoire de ce parti, des engagements de ceux qui le soutiennent « hors la loi », sont habillés de quotidien, d’ordinaire, d’uniformes comme si cela se passait près de chez nous.
L’intérêt du film tient aussi à la grande qualité de l’interprétation. Émilie Duquenne est souveraine, Dussollier au mieux de son talent. Et ils ne sont pas seuls. Les moyens cinématographiques sont utilisés de façon, certes classique, mais tellement à propos, les cadres en particulier, les mouvements de caméra qui accompagnent bien les tensions, qui les soulignent pour les rendre
« coup de poing », tout cela donne au spectacle une densité qui ne faiblit jamais.
Mais c’est le troisième intérêt du film qui m’a semblé retenir le plus mon attention : la difficulté de choisir ses priorités. Que va faire cette jeune infirmière ? Suivre et choyer ses patients ? Se consacrer à ses deux enfants, à son père ? Consacrer son quotidien à un mouvement politique ? Va-t-elle se lancer dans une histoire d’amour qui, enfin, pourrait la combler ?
Ce sont toutes ces questions « intimes » qui sous-tendent le parcours de l’héroïne. Et qui emmènent chacun de nous, au-delà de l’idéologie pestilentielle de ce parti, vers le sens de la responsabilité sociale. Le spectateur ne peut rester insensible aux deux moments durant lesquels est chantée La Marseillaise.
Un peu comme dans La grande illusion, moments de catharsis, de paroxysme de la vie de groupe. Et contrairement à ce que proclament certains critiques critiquables, la fin du film réserve tant de surprises, d’émotions et de retournements, que l’on repense à l’ensemble du récit dans une tonalité soudain modifiée par ces derniers moments qui surprennent.
Le cinéma ne doit pas avoir toujours comme objectif de se mesurer à ses grands créateurs ; il s’honore aussi d’être le vecteur d’émotions et de talents ordinaires au service du vécu du plus grand nombre. Un peu comme Patients (369) ou Noces (361), récemment, le proposent ; les enfants de Cayatte. Ils sont légitimes.
Le reproche le plus sensible, le plus tangible fait au populisme est de « libérer la parole qui confond opinion et délit ». Ce film libère la parole qui nourrit le débat.