Swagger est le mot anglais équivalent à « fanfaron, esbrouffe ». Ce film en est tout le contraire, d’une modestie, d’une sensibili-té, d’une finesse de ton, d’une exceptionnelle attention pour ces jeunes des banlieues qui n’existent généralement que dans les faits divers crapuleux, alors que chaque jour, ils vivent une existence, certes fragile, mais qu’ils ambitionnent paisible et favorable à l’ascension sociale dont ils rêvent et dont ils nous parlent. Il n’y a pas que dans ces HLM isolés qui « barrent » la vue vers le ciel que les ascenseurs sont en panne. Toute notre société en souffre. Le film nous amène à écouter longuement, subtilement, des ados tous colorés et français qui partagent, parfois avec une émotion non feinte et insoutenable, leurs questionnements sur leur avenir. Allez les écouter, les voir. Ils sont beaux, intelligents et prometteurs. Drôles et pleins d’humour souvent.
Et c’est un film. L’idée d’interviewer, généralement dans les espaces publiques du building repeint de frais avec des couleurs de
tonalité bleue, est simple mais forte. Voilà « le bleu qui manque à leurs décors ». Mais ce ne sont pas des gens du Nord. Le film est
« sans histoire », ce qui est sans doute le souhait de ces jeunes qui fréquentent, croisent, subissent les petits dealers, les jeunes frappes qui ne sont qu’entrevues dans ce film ; ce n’est pas La Haine. Il y a l’école évoquée, avec les cruautés que le groupe exerce sur les plus tendres, les plus fragiles. Mais ce n’est pas Entre les murs (excellent film de Laurent Cantet). Nous restons dans le domaine de l’intime, quelques allusions au religieux, à peine effleuré.
Et quelques belles métaphores visuelles à découvrir, l’une montre avec un chameau à la longe, isolé sur une espèce de prairie verte, superbe idée pour créer une analogie avec le destin des enfants venant de l’autre côté de la mer qui sont proposés à notre affection. Le travail de très longue haleine du réalisateur dans ce milieu fragile, fermé, méfiant, donne un résultat exceptionnel ; il pourrait faire le fanfaron.