Le film à voir, toutes affaires cessantes ! Une réussite exceptionnelle sur un sujet particulièrement sensible et délicat, admirablement traité : le vieillissement d’une mère.
Le titre français n’est pas idéal, mais c’est celui sous lequel l’éditeur LA DIFFÉRENCE a publié le premier roman de Tom Lanoye traduit vers le français et qui a inspiré le film. Sprakeloos peut se traduire par « muet » et évoque l’état d’une dame âgée que des AVC successifs rendent aphasique.
Les acteurs sont prodigieusement bons, tous, sans exception et comme ils ne sont pas connus ailleurs que par leur public « régional » ils surprennent par leur évidence, par leur justesse, par la variété des émotions, des comportements, par la drôlerie exceptionnelle dont ils nous régalent. La structure du film est un emboi-tement entre les séquences « actuelles » et celles qui illustrent la vie passée. Certes, cela n’est pas neuf, mais est ici traité avec une virtuosité subtile qui rend non seulement le spectateur, mais aussi les acteurs du film témoins oculaires de ce qu’ils ont vécu autrefois. Il y a des successions, des enchaînements de plans qui sont d’une inventivité admirable et qui contribuent, par leur ingéniosité, à partager ces moments que nous connaissons tous où, au présent, on ressent le passé comme présent, comme là, palpable.
Une autre chose qui frappe par sa maîtrise remarquable, c’est la décoration, les costumes, les accessoires des époques évoquées. Dans un quartier, un décor (maison extérieure et intérieur) qui ne changent pas. Sauf par de subtiles adaptations dues au temps.
Et l’image est extrêmement « piquée » c-à-d d’une précision de photographie à une très haute définition. Pourquoi mentionner cela ? Parce que, à mes yeux, ce choix concourt admirablement à rendre la peau de la maman incroyablement vraie, à nous rendre
« sensibles » à son corps, à son état. Les coiffures, les maquillages sont utilisés avec le même talent. Le chef opérateur est Wim Vanswijgenhoven.
L’histoire, pleine de rebondissements, de moments de franche hilarité, de séquences émouvantes, est dévoilée avec une parfaite maîtrise narrative, un sens du rythme exemplaire et il n’en faut rien dire ; à découvrir à l’écran.
La musique est richement travaillée et c’est surtout celle de la langue, aux accents très pimentés, qui ajoute au plaisir des dialogues.
Comment se fait-il que de tels films semblent en dehors de l’imaginaire des cinéastes francophones belges ? Ici l’emploi du tax shel-ter comme mode de financement me paraît parfaitement justifié.