Cher Thierry,
Avec ton co-réalisateur vous avez à nouveau réussi une chose si difficile, celle de nous rendre témoins de vies inaccessibles.
Ici, infiniment plus proches que celles qui t’ont tant amené en Afrique. Nous voilà suivant, une année scolaire durant, trois sujets qui s’entremêlent. La vie modeste et lumineuse d’une enseignante exemplaire d’humanité. Le quotidien de gamins et gamines qui semblent se comporter, témoigner de leur vie, sans aucune considération pour la caméra. Et le quotidien de ces familles, souvent allochtones, mais à des moments divers de ce parcours depuis la Turquie, à la semi intégration en bords de Meuse, après avoir ram-pé sous terre pour remonter du charbon.
Le fait que nous accompagnions les enfants dans la visite du charbonnage, puis dans un musée de la mine, nous donne de la vie de leurs parents et grands parents, une image à la fois délabrée et profondément émouvante. Ce château industriel, ruine « à l’anglaise », devient un beffroi muet dans ce village qui résonne de cris d’enfants. Lorsqu’ils descendront, casqués, dans une grotte dont ils parcourent les boyaux, ils seront en quelque sorte initiés à la vie qui fût celle de leurs aïeux.
La façon dont tu as tourné ces vies, somme toute banales, la progression dans les portraits peints par la caméra, donnent à cette humanité « sans gloire » une aura superbe, celle qui nimbe les espoirs et les ambitions d’un monde meilleur.
Tu rends un hommage très émouvant à ces hussards noires façon « Wallonie en pleine récession » qui maintiennent vibrante la flamme du succès inconnu. Car il est à venir, enraciné dans ce travail humble et inlassable, mené pour leur faire entrer les fondements du savoir dans leurs caboches. Ce film est beau, porteur d’espoir, un mélange de sensibilité et de force, celle nécessaire à faire progresser une humanité que rien ne destine à la lumière du savoir.
Merci pour ces moments partagés dont vous nous avez rendu témoins émus.
Francis de Laveleye
Du même réalisateur : L’homme qui répare les femmes (124).
Et une référence d’analyse pour ceux qui ont le temps de la lire : Les enfants du Hasard : http://www.revuenouvelle.be/Enfants-du-hasard-un-film-de-Thierry-Michel-et