C’est un film exigeant. Il est construit comme un jeu de Mikado dans lequel, sans que l’on ne sache la valeur attribuée à chacune, les informations s’entremêlent et si l’on touche l’un des bâtons, tout l’ensemble est ébranlé. La structure en chapitres, 6 je crois me souvenir, est simple : un écrivain arrive au sommet de la gloire. Il choisit, parmi les innombrables sollicitations, de répondre à celle de sa petite ville natale, source de son inspiration. Il y sera fêté. 4 jours durant, 4 chapitres encore. Et le dernier, pour évoquer l’après ce séjour.
L’acteur, Oscar Martinez qui incarne cet écrivain, est remarquable. Et tous les rôles qui sont ceux des personnages saillants du village sont extraordinairement bien plantés. Les rebondissements durant ce séjour sont de nature très différente et le spectateur comprend bien que c’est le processus de création qui est interrogé par ces moments étranges, ces dialogues et ces récits insolites. Un pure régal, même si une certaine lenteur laisse à chacun le temps de s’interroger sur les sens multiples de tout cela.
Nous sommes au cœur même du processus de création : observer, ressentir, transformer, restituer, partager. Et se faire haïr. Il y a une dimension pasolinienne dans ce voyage intérieur et cette immersion à haut risque. Mais les propos tenus par l’écrivain, citoyen d’honneur, souvent face caméra, sur un ton déclaratif, sont d’une belle qualité et interrogent les fondements de la carrière et du travail de ceux qui transfigurent leur monde par l’écriture.