En typographie, une orpheline est la première ligne d’un paragraphe apparaissant isolée en bas d’une page. Il en est de même de chaque séquence de ce film, isolée, abandonnée soudain sans raison. Les actrices sont toutes excellentes, les rôles masculins moins présents, parfaitement crédibles. Mais le film est orphelin car il a perdu son histoire et son style, qui sont les deux parents du cinéma.
Cela n’empêche pas que certaines scènes soient très réussies, émouvantes, car elles décrivent généralement l’asservissement, l’esclavagisme, imposés aux femmes. La dernière séquence d’ail-leurs, est un sursaut qui est à tout le moins contestable, car il augmenterait encore les motifs qui nourrissent le mépris pour les femmes. Bref, on sort de là comme après avoir lu quelques chapitres d’un Simenon glauquissime, sans liens entre eux, sinon justement cette descente en enfer de ces jeunes femmes si mal traitées, à tout âge.
Mais le spectateur est totalement paumé, car le réalisateur a voulu conter l’histoire d’une seule personne, à travers 4 actrices (questions d’âge, bien que les deux dernières...) qui ne portent jamais le même prénom pour accentuer l’idée qu’elles évoluent, qu’elles changent. Et l’on n’y comprend plus rien, car en plus, troisième complication, la chronologie est totalement bouleversée, comme souvent quand l’histoire est faible et que l’on essaye ainsi de lui ajouter un certain mystère. Ici, c’est carrément de l’obscurité. Dommage car des moments sont très saisissants.
Yves Cape a réussi une image travaillée, intéressante, aux couleurs saturées, qui donnent une épaisseur aux lieux. Avec une seule focale pour tout le film ! Chapeau ! Ce film est, comme certains grands puzzles, lorsque plusieurs pièces assemblées donnent une première idée de ce que pourra devenir le tableau complet. Ici, le tableau reste épars.