Un film parfaitement mené, un huis clos qui nous enferme dans la vie d’une propriété du Northumberland au sud de l’écosse, (je ne suis pas spécialiste des accents, mais ils sont appuyés !) en 1865 deux ans avant le décès de la Reine Victoria, qui corseta les codes de la vie anglaise. Nous partageons le quotidien d’une jeune et charmante épouse qui est totalement prisonnière d’un mari et d’un beau-père pathologiques, les trois personnages très bien interprétés par des acteurs remarquables. Les dialogues sont des combats de fleurets à peine mouchetés. Les portraits, dignes de Thomas Gainsborough ou Joshua Reynolds. Cette vie très cadrée, est filmée dans des compositions d’une rigoureuse symétrie qui accentuent encore ce paradoxe entre l’équilibre et la claustration. Rassurez-vous, un palefrenier viendra mettre le diable au corps de
cette jeune femme délaissée. Et lorsqu’elle se permettra quelques escapades dans la lande, la caméra à l’épaule accentuera significativement le chaos de sa vie. Un film qui fait plaisir, même si l’intrigue nous amène à quelques crimes entre amis. Avec cette retenue très british, qui n’enlève rien à la monstruosité humaine dépeinte au travers de ce personnage de jeune femme victime, qui devient Gorgone, si gentiment. Le film va se ranger sur l’étagère de nos mémoires parmi de nombreux autres pleins de cette élégance, de ce savoir faire, de ces talents, qui permettent de traiter classiquement de sujets déjà bien labourés, mais encore fertiles. A souligner : les moyens modestes pour un résultat très optimisé : une leçon de production et d’écriture qui devrait inspirer, lorsque les petits budgets pourraient susciter des talents plein d’éclats.