Le cinéma s’apparente parfois à l’art floral. Vous disposez de fleurs superbes, d’un vase de toute beauté à placer à un endroit charmant, dans une lumière idéale. Et pourtant le bouquet n’est pas très réus-si, déséquilibré, manquant d’harmonie. C’est hélas l’impression qui reste après la vision de ce film qui réunit tous les ingrédients d’une saga de haute tenue. La Haute Volta dans les années 20, la province française ravagée par l’après-guerre et enflammée par le besoin de vivre, les bords de l’eau à la Renoir. Les traumatisés de 14-18, les familles endeuillées pour l’éternité ; et les tranchées comme rarement l’on a pu les voir, sous les bombes. Un spectacle qui devrait être obligatoire pour que l’on guérisse de l’idée même de se faire la guerre. Les acteurs sont convaincants, les décors très soignés, la lumière de belle qualité. Les sous intrigues nombreuses et souvent prenantes : comment se reconstruire lorsqu’on a été totalement
détruit moralement, physiquement, socialement... Malheureusement le film titube sans que l’on n’en comprenne bien le sens profond, comme si rien ne le charpentait, de Verdun à la Haute Volta, de la campagne pleine de romance, aux névroses intra familiales sans autre issue que la mort. C’est dommage et je ne comprends pas cette construction de belle qualité à laquelle il a manqué un architecte de talent, une cohérence, qui lui aurait donné l’équilibre, le sens qui lui manque, hélas. C’est une première réalisation, à maints égards réussie, mais qui n’a pas la force d’un scénario cohérent. Et le réalisateur est le scénariste de très nombreux films, comme quoi les cordonniers sont parfois les plus mal chaussés. C’est une nouvelle occasion d’ouvrir le feu sur une utilisation du tax shelter qui ne donne au cinéma belge strictement aucune visibilité. Sauf les effets spéciaux remarquablement réussis.