On en a plein les yeux et les oreilles. Peut-être un peu moins le cerveau. C’est brillamment photographié par Christophe Beaucarne, les reconstitutions de l’époque sont très soignées, les décors intérieurs et extérieurs sont très réussis. Le premier regret est de n’avoir, de l’ambiance manouche, que des visions de cartes postales. Dommage, car nous aurions pu en savoir plus sur le fonctionnement de ce groupe social en marge, à une époque où cette appartenance vouait à la mort. L’usage de cette langue étrange et incompréhensible, sorte de miroir du yiddish, en ceci que ce sont les idiomes des voués au pire drame de l’humanité, la tentative d’éradication. Le récit en fait, n’a guère d’enjeu, sauf la guerre. Il faut s’accommoder des risques, déjouer les dangers, se dérober pour sauver sa peau.
Malheureusement, cette partition-là est peu développée, les accents manquent qui donneraient du rythme, de la vigueur, au récit qui se répète et traîne trop souvent. Mais en bonne compagnie, avec une musique superbe. Le rôle titulaire n’est pas très convaincant et Cécile de France ne semble pas habiter réellement ce rôle qu’elle porte comme un costume empesé. Le réalisateur est surtout un producteur (et il ne s’est pas privé de moyens) et un scénariste. Peut-être a-t-il manqué un peu de travail à ce niveau-là... Ce film pourrait être analysé sous l’angle très musical de « Qu’est-ce qui cloche ? ».
Le choix de deux actrices non professionnelles, mais essentielles (la mère et l’épouse), me parait une erreur, car elles semblent caricaturales, sans nuance, sans évolution des personnages qu’elles incarnent. Le piège éternel du biopic, hélas, se referme une fois encore sur le film : ce n’est pas la vraie vie du guitariste, mais le film s’en inspire, ce n’est pas le vrai guitariste mais une évocation habile, pas une réincarnation, et le personnage qui perturbe les relations entre les deux groupes antagonistes (tziganes et occupants) est-elle une fiction, fut-elle inspirée de personnages ayant existé et résisté à l’époque ?
L’émotion ne m’a jamais envahie. Même lors de la dernière séquence sorte de « tombeau » musical aussi inattendu que bouleversant dans son intention. Mais qui synthétise à mes yeux la froide luxuriance du film.