Le film commence par une présentation faite par Raoul Peck lui-même, qui est un bien piètre avocat de sa cause, enregistrée de façon quasi inaudible de surcroît. Mais nous sommes prévenus : nous allons partager une méditation ancienne, profonde, longue, documentée, sur la problématique du racisme.
C’est évidemment l’immense intérêt du film, de nous (re)montrer des images souvent connues où la haine cohabite avec la plus extrême dignité, où la violence sauvage est confrontée à un refus de tout recours à la force brutale, où la foi démocratique et l’honneur sont des valeurs humanistes qui réduisent à néant tous les accès de fureur abjects. Il y a dans le film une volonté, maladroite à mes yeux, pour « élever le débat », de lier la narration à la pensée d’un Noir ayant beaucoup théorisé sur cette problématique : James Baldwin. Car ni le film, ni ce penseur, ne trouvent à mes yeux les articulations nécessaires à la synergie recherchée. C’est dommage.
Aussi faut-il chercher dans ce spectacle, très puzzle, une vivante réflexion sur notre histoire ; car les U.S.A. ne sauraient être isolés lorsque l’on parle d’esclavagisme, d’exploitation de l’homme de couleur par l’homme blanc, d’expansion économique rendue possible par des clivages sociaux cyniques. Et cette histoire est récente, palpable ailleurs que dans des récits littéraires, dans les cases de la pensée critique. Ce film nous le rappelle avec beaucoup de force, mais aussi beaucoup de dispersions, ce qui pourrait en faire une richesse ; elle mérite d’être recherchée cette force, ce qui ne va pas sans peine. Et un tel film honore ceux qui le « portent » en espérant qu’il soit très largement vu, en particulier par la génération qui s’ouvre à la société et à son histoire si récente. Il faut saluer la coproduction belge (Artémis et RTBF) qui, avec l’aide du tax shelter (Hé oui), ont pu soutenir cette œuvre singulière, ingrate et exigeante. Mais salutaire.