Celles et ceux qui, comme moi, vont au cinéma sans rien savoir du film, auront, j’espère, autant de bonheur que le mien à la découverte de cette histoire.
Ne lisez pas la suite, allez-y. Sauf si les opérations anatomiques sur le corps humain sont révulsantes à vos yeux. Elles sont ici essentielles et magnifiquement présentées. Peut-être les médecins et les chercheurs auront-ils à redire à certains aspects techniques et scientifiques du film, qu’importe. On n’écoute pas les analyses des généraux lorsque l’on sort d’un film de guerre.
Le récit est celui non pas « d’une fille » mais d’une femme, mère de famille et médecin pneumologue à l’Hôpital de Brest. Elle a une intuition et elle va mettre toute son énergie, toute sa capacité intellectuelle, tout son temps à poursuivre une démonstration scientifique techniquement complexe, mais qui débouchera sur le retrait d’un médicament dont la toxicité s’avère mortelle dans un nombre très important de cas. C’est le « scandale » du MEDIATOR qui nous est conté, un biopic en quelque sorte. Mais le personnage n’a pas été une « vedette » dont le film s’empare par opportunisme. Cette femme médecin est une héroïne que le film sort de l’ombre dans laquelle l’anonymat l’a confiné.
David contre Goliath. Car face à elle se dressent non seulement le rempart arrogant de la société Servier, mais aussi celui des confrères qui, pour des motifs très divers, prennent quelques
distances vis-à-vis de ce combat quasi désespéré. Voilà, c’est la trame du récit qui nous vaut un film palpitant comme un polar, aux rebondissements nombreux et imprévisibles, aux portraits magnifiques de personnages très divers, parfois plantés en une seule scène.
Il y a dans ce film un souffle de vie, une énergie formidable. Oui d’accord, l’art cinématographique ne le retiendra pas comme un apport essentiel, mais au moins la structure du scénario et le montage sont magnifiques, quant aux dialogues, ils sont une leçon de professionnalisme. Chaque personne parle de façon différenciée, souvent drôle, généralement pour dire des choses intéressantes, parfois très complexes. Et cela fonctionne, comme une horloge bien réglée. Si la « forme » est celle d’une narration classique, la puissance du traitement du sujet le transcende de façon éblouissante. Le précédent film de cette réalisatrice La Tête Haute (136) avait toutes les qualités évoquées ici, mais ce film-ci n’en a plus les défauts, me semble-t-il.
C’est Sidse Babett Knudsen qui « porte » le film. Danoise au talent imposant, elle a été vue e.a. dans L’hermine (173) et dans Inferno
(314) et ici elle est très attachante, en dehors des clichés liés à cette profession et à ce type de « combat de chevalier blanc ».
Tonnerre de Brest, ne manquez pas cette histoire ; elle dépasse, et de loin, le simple plaisir d’un bon film.