Ne pas embarquer : cela ne vaut pas le voyage. Voilà que les tours opérateurs annoncent monts et merveilles, un film de guerre comme vous n’en avez jamais vu. Et l’on s’ennuie poliment à regarder ce qui a été filmé 1.000 fois déjà, certes ici avec une sophistication picturale des couleurs, un sens de l’espace, des positions de caméra, bref tout ce qui tape à l’œil. Et aux oreilles : une musique de magma qui sature les tympans même les plus aguerris. Et pourtant Hans Zimmer, le compositeur, comme Christopher Nolan, sont des poids lourds du cinématographe à grand spectacle. Hélas, je ne trouve pas le résultat intéressant. C’est long, lent, répétitif, prévisible. Les trois lignes du récit (non qu’il tienne en trois lignes, mais il se déroule en suivant trois lignes) l’air, l’eau, la terre, sont terriblement sous exploitées. La bataille aérienne est petiote, répétitive. Sur terre il ne se passe pas grand chose et sur mer, certes, les petits bateaux des patriotes arrivent enfin, mais sans
que l’on s’en émeuve vraiment. Tout cela est connu et le spectacle est hiératique, comme tourné au ralenti, sans surprise, sans dynamisme. Le manque de maîtrise de la chronologie est tout à fait incompréhensible : certaines actions en avion sont très limitées dans le temps alors que parallèlement la nuit succède au jour qui revient ensuite, et l’on retrouve l’action qui a le ciel pour décors. La sortie du pilote dont le cockpit se transforme en baignoire puis en aquarium, est un pensum, le fait d’avoir voulu tourner à Dun-kerque même, nous vaut d’y voir les constructions actuelles et les éclairages de la digue... Et comme je ne suis pas un historien, je ne commenterai pas les libertés, un peu absurdes, prises avec l’histoire. Bref une gabegie. L’héroïsme, le drame de la guerre, la souffrance humaine, me semblent être des sources d’inspiration dignes de plus d’éclats.