Un film exemplaire, remarquablement fabriqué, un produit très haut de gamme dans ce genre bâtard entre le polar, le film d’action et la comédie cynique.
Le mur de Berlin vacille et les derniers espions pourris, de l’Est comme de l’Ouest, rivalisent de fourberies, de violences et de trahisons diverses, histoire d’alimenter l’histoire du film à l’ombre de la grande histoire. Le récit est construit en deux temporalités : le débriefing d’une action qui est racontée par séquences. Ce qui permet évidemment aux scénaristes de complexifier, de façon inextricable, les enjeux qui se superposent au fur et à mesure que l’histoire rebondit. Le réalisateur a manifestement pris un « pied » immense à montrer son excellence en tout : les cascades de voitures, les bagarres chorégraphiées par un élève de Anne Teresa De Keersmaeker, pas de Roland Petit. Les sévices physiques sont un catalogue façon 3 Suisses, de ce que Tarantino n’a fait qu’effleurer avec retenue. Quant à la séquence saphique, La vie d’Adèle passe pour une bluette de pensionnat. Et rassurez-vous la bande son n’est pas en reste. Car l’époque (la chute du mur en novembre
1989) est celle des musiques les plus véhémentes, et qui crèvent les tympans. Merci Bowie. Pas encore de violoncelle ! Mais il n’y a pas que la musique, dans la bande sonore, qui est très travaillée ; l’œil est attiré vers les éléments de l’action que les sons soulignent. Les amateurs de Porsche en seront ravis.
Esthétiquement le film est hyper « léché » et cela ne manque pas de charme : une photographie très travaillée, des mouvements d’appareils dignes de Sergio Leone, des variations de vitesse de prise de vue durant les plans de combat, et j’en passe. Un festival technique pour les amoureux du cinéma d’action. Réalisé par un super cascadeur, directeur de seconde équipe. Et cela se voit : les bagarres sont des ballets, les plans de poursuites en voiture, des leçons dans le genre.
Et Charlize Theron occupe l’écran panoramique. Superbement. Bref, un film a décortiquer pour les apprentis techniciens de cinéma, à voir pour se distraire, et à ne pas mettre sur le haut de la liste des chefs d’œuvres.