Un film classe. Classique. Stijn Coninx aime les chanteurs. Roc-co Granada est une immense vedette pour les flamands, inconnu chez les francophones mais tout le monde chantonne - avec des mines navrées - Marina, la rengaine ringarde par excellence. Avec accordéon de surcroit.
Et les débuts de la vie de ce crooner italo-flamand sont contés avec beaucoup d’applications et de soins dans un film quasi de reconstitution historique. La Calabre comme on en a rêvé, les logements pourris du sous prolétariat italien exploité par les entreprises charbonnières du Limbourg, la famille italienne de migrants vertueux, les antagonismes sociaux, bref, un film « pour l’histoire » avec une histoire linéaire, prévisible, simple et agréable à suivre, amusante, indignante, attendrissante, révoltante, toutes les émotions disponibles. Du travail très professionnel, des décors, des accessoires, des costumes, des voitures et des Vespa,
bien entendu, qui recréent magnifiquement une époque pas si lointaine mais tellement oubliée.
Rien que pour cela, le film est très sympathique. Si un souffle créateur, une modernité cinématographique avaient pu nimber tout ce travail d’un peu de surprises et de nouveautés, nous aurions eu droit à un grand film.
Nous sommes là dans un univers qui hésite entre Jaco Van Door-mael, les frères Dardenne et Henri Storck. Édulcoré, comme lorsque la chicorée remplace le café.
C’est dommage parce que tout est bon. Mais cela ne prend pas de hauteur, il n’y a pas de surprise, pas de grands moments. C’est tiède et prévisible.