Le film est un sommet de réussite technique, esthétique et un abîme d’inutilité prétentieuse. Tout démarre bien dans un décor superbe, avec une image très léchée, où l’harmonie des couleurs se fait sur la complexion du visage de l’actrice, ses cheveux, puis les costumes et les accessoires, les patines, tout sauf les chaussures, car tous les plans sont des close up souvent extrêmes.
Cela donne un genre, provoque l’admiration pour le travail du chef opérateur, du cadreur et des machinos qui ont dû résoudre des problèmes d’une extraordinaire virtuosité, et pas seulement dans les escaliers. Le format du cadre est de 1x2.35 ce qui est très compliqué pour les extrêmes gros plans, mais la pellicule serait du 16 m/m ce qui expliquerait la fluidité des mouvements d’appareil. Ce qui ouvre l’appétit du spectateur est aussi la bande sonore. Techniquement d’abord, car elle utilise la spatialisation des sources, de façon très déterminée, parce que le « langage des sons » est une véritable caricature de ce type de film, où folie et horreur cohabitent pour le plaisir d’un public très particulier.
L’histoire, si on vous la raconte, amuserait pendant une soirée qui s’éternise un peu, lorsque l’orage zèbre le ciel et gronde au loin. S’il faut la voir, cette histoire, c’est autre chose. Car c’est un festival d’hystéries, plein de gags, certes, mais la progression est tellement boursoufflée qu’on ne sait plus s’il faut rire ou fuir. Alors le regard se concentre sur les performances techniques, les maquillages à effet, les angles de prise de vue sans cesse renouvelés dans un décors de huis clos.
Darren Aronofsky est un extraordinaire cinéaste (*Black Swan e.a.) mais son scénario est composé, en première partie, de revues de salles d’attente chez un psychologue de banlieue, et en seconde partie, des brochures glanées dans des sacristies intégristes : rien n’y échappe. La pomme, le fils sacrifié, les envoûteurs, les exorcistes, les plaies d’Égypte, un vrai magasin de farces et attrapes pour gens crédules un peu vampires visuels. La mère nourricière va-t-elle gaver son public ? Pas avec mon aide.