Bonjour le talent, le style, l’originalité du scénario, le casting, les décors et les costumes, bref tout ce qui fait un film d’exception !
La structure est simple, même si, très vite, elle s’estompe : un ancien combattant de 14/18 conte, à un enquêteur, son histoire depuis les tranchées jusqu’à son séjour en Afrique du Nord après la fin de la guerre. Et cette histoire est singulière, puisqu’une amitié très forte s’est nouée sous la mitraille qui a mutilé son proche ami. Une Gueule Cassée. Il y a un souffle exceptionnel qui traverse tout ce film : des histoires de famille, d’amour, le désespoir et une forme de rédemption qui s’entremêlent de façon très lisible et en même temps tempétueuse, tant les enjeux et les destins sont bouleversés et bouleversants.
Ce qui m’a semblé le plus singulier, c’est le ton décalé de tout cela. Le jeu des acteurs, l’extravagance de certains costumes, des scènes étranges, dépourvues de réalisme, mais qui font sens dans cet après-guerre de rapaces avides d’argent. Les voitures sont étonnantes, les rencontres improbables, invraisemblables même, mais le ton général du récit y prépare de façon presque insensible. Max Ophuls, Jean Cocteau, semblent être les parrains discrets de ce film hors normes mais énorme. Rarement, me semble-t-il, l’écriture cinématographique a-t-elle trouvé un équivalent en termes de richesse scénaristique, esthétique, stylistique, formelle.
Ce film est aussi une façon de « Penser la Guerre ».