Le film est ce que l’on attend : un superbe spectacle de reconstitution historique, à la fin du règne très protocolaire et compassé de la fameuse Reine Victoria. Et voilà que deux indiens viennent apporter l’on ne sait quelle médaille, quelle distinction, à la souveraine. A partir de là se noue, sans que l’on arrive à la qualifier, une relation singulière. Ce lien, d’une totale incongruité au sommet de l’état, est l’objet de ce récit et nous amuse. Mais au delà, il interpelle les fondements de l’organisation sociale. Cela peut paraître un peu désuet, d’une autre époque (et c’est le cas) mais cela n’en reste pas moins, pour notre époque, une magnifique fable sur le rapprochement des contraires, l’enrichissement par ses différences, l’importance de toujours apprendre de l’autre, d’accepter l’étranger voyageur comme un autre soi-même. Déjà à l’époque, les musulmans semblent être des adeptes d’une religion méconnue et incomprise. Le film est fastueux, il s’ajoute à ces grandes fresques cinématographiques dont la vertu première, à mes yeux, est de redonner vie à un monde révolu dont seules des images, des textes, rendent comptent aux générations à venir. Voilà pour leur plaisir, et leur gouverne, une sorte de réincarnation d’un monde qui ne connaissait pas la télévision mais dont on peut enfin, à travers ce type de film, apercevoir un quotidien plein de charme et de surprise. La fin du film ne manque pas de surprendre en effet et de nous ramener vers des passions humaines qu’aucun carcan protocolaire ne semble pouvoir éradiquer. Frears est un réalisateur des plus prolifiques et la luxuriance de cette production lui donne l’occasion, une nouvelle fois, de laisser toutes les facettes de son talent (et à son équipe, image, décors, costumes...) l’espace somptueux nécessaire à leurs déploiements.
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