On attend beaucoup et elles ne prennent guère leur envole. Mais le film mérite d’être considéré. Il est algérien, d’une mise en forme, d’un académisme, très suranné, mais non dépourvu de charme. Le récit est un peu le passage de relais entre histoires successives : un personnage apparaît soudain, et mobilise l’attention de la caméra qui va le suivre et nous dévoiler « son » histoire. Jusqu’à ce que l’histoire suivante démarre, suivant un autre personnage, croi-sé presque fortuitement. Le problème est que ces histoires sont toutes assez insipides, confuses, mal documentées, mal contées. Mais c’est évidemment le but. Il s’en suit le sentiment qu’une chape terrible empêche les gens de vivre, librement. De communiquer. Un enfant autiste semble, à un moment, cristalliser ce drame.
La rencontre, puis la séduction, entre un jeune homme, chauffeur, et d’une des jeunes filles passagères, est d’une intensité immense, mais, à part une danse arabe traditionnelle, rien de très érotique
n’alimente cette tension. Une bastonnade violente n’est pas dénoncée par un témoin. Quant à la critique politique, il faut la lire, la deviner sans doute, dans le contraste entre des vues superbes des massifs montagneux, et les espaces désertés des banlieues crasseuses. La musique est utilisée aussi de façon très forte. Bach est sollicité magnifiquement, tout comme les orchestres traditionnels et leurs corps de ballet. Ce film est l’illustration parfaite, me semble-t-il, d’un travail de débutant qui veut trop en faire, trop en dire, en affirmant un style académique à force de mise en forme « conceptuelle » : les plans de drones pour suivre les déplacements en voiture, c’est moderne et déjà tellement vu. Mais il y a des acteurs inconnus de nous, tous excellents, une sorte de vérité sociale, qui ne peut que retenir l’attention de ceux qui aiment, au cinéma, voyager dans l’espace et les cultures complexes, en grande mutation. Et mis à part un mariage, il n’y a pas grand-chose de traditionnel dans ce film. Fera-t-il le printemps, sinon du cinéma algérien, au moins de ce réalisateur ? Attendons.