On aurait tort de s’en garder. Le film est de très grande qualité, d’une esthétique voisine de Jean-François Millet, celui de L’Angélus. Les acteurs sont tous très attachants, peut-être Nathalie Baye souffre-t-elle de manque de crédibilité en maîtresse femme aux commandes d’une ferme désertée par les hommes mobilisés pour la Grande Guerre. Ce film est subtilement féministe en ceci qu’y sont dépeintes différentes femmes que la guerre pousse à occuper des fonctions auxquelles elles n’étaient en rien préparées. La complexité des trajets de chacune, pendant ces années, est joliment construite, entremêlée, et donne une diversité de réactions, de comportements, d’attitudes très nuancées et riches humainement. Les saisons, les années passent, avec leur cortège de deuils, de désirs, de complicités et de jalousies. La description de la fonction cléricale est un régal. Et les longs plans sur les visages bouleversés et pleins d’émotions, durant les messes
aux morts, est une très belle réussite de mise en scène. Comme Des Hommes et des Dieux l’avait montré déjà brillamment. Le film affirme son style « classique » en ce sens qu’il n’y a aucun effet de montage, les plans sont moyens, laissent voir l’ensemble, les déplacement de caméra prennent leur temps, les mouvements d’appareil sont majestueux pour que le spectateur suive, par exemple, le départ du fils en uniforme vers une mort sans doute certaine, avant de revenir lentement sur les lieux qu’il quitte. Il y a de nombreuses séquences qui donnent à voir Les Travaux et les Jours d’alors. Voilà la vie qu’ont dû subir bon nombre de gens lorsque la folie humaine déchaînait ses boucheries et laissait « à l’arrière » des victimes indirectes, prendre leur destin en main. C’est émouvant, tendre et inspire confiance. Le tax shelter a une nouvelle fois co-financé ce film qui est à la Belgique ce que le riz est à la cuisine italienne.