Promesse tenue : le film est très réussi, dans un genre « grand classique » avec une option de biopic courageuse : de l’enfance à la maturité d’un très grand écrivain. La question des âges différents est bien gérée, Charlotte Gainsbourg fait de son mieux, parfois c’est un peu plus faible, mais parler polonais, fumer en toute circonstances, avoir un comportement souvent hystérique et cela, de 30 à 50 ans environ, c’est un défi qui n’est pas trop mal relevé. Le récit, sauf le prologue, suit la chronologie, quel repos ! Il n’y a pas grand chose que l’on n’ait vu déjà : la Pologne misérable de l’avant guerre, l’antisémitisme qui infecte tous les cerveaux, certes avant la Shoah, mais qui l’a facilité certainement. Puis le charme du Paris estudiantin, de Nice lumineuse, l’armée, l’Afrique, la guerre. Tout cela fait un film qui avance bien, avec des décors, des costumes, des acteurs, des scènes en tous genres qui font « bon cinéma ».
Une mention particulière pour les scènes d’aviation et de combats aériens. Dunkirk à côté, c’est juste rien du tout. Mais la chose sans doute qui, à mes yeux, distinguera positivement ce film, c’est le travail de l’image, absolument remarquable. Il marque les périodes, il intègre des documents existants d’archives, il y a une ambiance contrastée à chaque époque, en chaque lieu. Superbe. Le chef opérateur belge, Glynn Speeckaert, est au sommet de son
art et rejoint les maîtres de la peinture flamande qui, par leurs cadrages, leurs lumières, les recherches de profondeur de champs et de flou, les diffusions, créent un univers qui correspond parfaitement à l’atmosphère qui sert le récit. Si vous n’avez qu’une raison pour aller vous laisser transporter par ce film, ce pourrait bien être la beauté et le talent des images. Le tax shelter a encore servi le cinéma français. Mais des techniciens, des talents « bien de chez nous » sont au générique (Bonjour Héloïse M) et il y a eu des tournages en Belgique. Mais cela ne se voit pas... Pourtant l’on pourrait s’enorgueillir du champ d’aviation, par exemple.
Le personnage « central » n’est peut-être pas Gary, mais sa Mère. Une mère russe, si bien décrite par Alain Bosquet. Ce type de personnage véritable pieuvre, mygale, donne l’une des lignes fortes du film ; mais il en est d’autres : la Pologne antisémite, l’avant-guerre, puis le combat. La découverte de l’amour par un jeune homme qui en profite gaîment.
Bref, un film qui se laisse regarder avec plaisir, et qui est d’un niveau proche du cinéma anglais, si performant en matière de reconstitution historique.