Éblouissant. 108 sujets de 50 sec. tels que sortis de la caméra des Frères Lumière. Plus marrants que les Frères Dardenne, ou Cohen, très étonnamment.
Le réalisateur, qui n’en est pas un, connaît admirablement le ciné-ma et le patrimoine cinématographique des origines (1895-1905) Il a fait une sélection très savoureuse de ces mini films et les commente. Ses commentaires sont généralement très subtiles, annoncent le détail à ne pas rater, l’élément à voir, le talent à considérer. A force d’entendre « ce chef d’œuvre, c’est magnifique, superbe, extraordinaire... » on se lasse un peu, en souhaitant plus de liberté pour se forger sa propre opinion. Et il y a de quoi. L’essentiel du cinéma est déjà visible : les cadrages, certes issus de la peinture sur le motif, mais tellement soignés, les mouvements dans l’image, les mouvements de l’image, les diagonales qui dynamisent les déplacements, la profondeur de champs...
Et tous ces sujets successifs, séparés par un instant de noir, finissent par composer le portrait d’une époque. Déjà, la mise en scène s’invite lorsque manifestement les actions sont menées
« pour la caméra » et dans une durée ad hoc. Allez vous rincer l’œil, vous en aurez le regard éclairé, plein de lumière et de bonheur. Un mot du réalisateur cinéphile d’exception, il est l’un des prélats les plus titrés au Vatican du cinéma, le festival de Cannes, qu’il a profondément enrichi, diversifié et ouvert aux cinématographies
« différentes ». Il est directeur artistique de l’Institut Lumière de Lyon avec Bertrand Tavernier, qui a montré ce film de montage superbe Voyage à travers le cinéma français (310).
Malheureusement il a été publié au Seuil « Sélection officielle », un journal de 610 pages, d’un narcissisme hallucinant, fait de rendez-vous mondains, de prouesses en avion, en train et à bicyclette. Un exemple caricatural de name dropping qui n’apporte que très peu, à peine quelques paragraphes succulent qui vous feront comprendre l’image de fin de Lumière, après le générique ; ne quittez pas la salle trop vite. Et admirez la souplesse avec laquelle les images tournées, au nombre de 16 par seconde, sont projetées au nombre de 24 sans créer de gêne, celle que provoquent les saccades, habituelles dans ce cas fréquent.