C’est une plongée dans l’enfer du jeu pour gens extrêmement riches. Ce qui en fait l’intérêt, c’est d’être témoin de choses très privées, car ce type de jeu ne se pratique pas dans des stades, mais dans des lieux intimes, secrets, accessibles aux seuls happy few très nantis.
C’est aussi la construction du scénario par un orfèvre du métier qui rend le film intéressant. Parce que l’on sait, dès le début, les 3 éléments essentiels qui sous-tendent le destin de Molly : sportive de très haut niveau, sa carrière de skieuse est arrêtée suite à un accident. Après une période de petits boulots, elle se met à organiser des soirées poker de haut vol. Et enfin, le FBI s’empare d’elle pour remonter vers les joueurs fortunés qui ne sont peut-être pas tous d’une moralité exemplaire.
Par contre les « valeurs » qui sous-tendent les choix de Molly, les risques qu’elle prend, méritent d’être médités, même si, dans le film, c’est un des ingrédients utilisés avec talent pour épicer l’histoire, plus que pour lui donner un sens profond.
Jessica Chastain est souveraine, elle est de tous les plans, somptueusement belle, elle dégage une puissante force de caractère, une personnalité hors du commun. Mais elle n’est pas seule, tous les rôles sont superbement incarnés. Le récit est construit d’une façon telle qu’il rebondit comme la bille d’un trek billard (*flipper, pour les non bruxellois).
La structure du film n’est pas chronologique, ce qui relance bien l’intérêt, car l’on souhaite comprendre ce qui fait d’une belle femme, une proie pour les flics, d’une famille tyrannique, un enfer pour une jeune sportive hyper douée, et du milieu du jeu, une irrésistible fascination pour des personnalités de premier plan que l’on croirait capables de plus de maîtrise de leur destin (et de leur fortune).
Un film d’une exceptionnelle virtuosité technique, narrative, dans lequel les meilleurs talents sont mis au service d’une histoire singulière, mais qui touche par l’intensité des vies qu’elle permet de mettre en lumière. Parfois par de (trop) longs bavardages. C’est le métier des avocats de parler ; et dans le film, il ne s’en prive pas. C’est le jeu.