Une très belle reconstitution historique qui sent l’antimite et l’encaustique. Rien que les costumes et les décors méritent l’intérêt des spectateurs qui aiment ce genre de films, très classiques, convenus, un peu amidonnés par le protocole, les dialogues écrits dans une belle langue qui n’est plus de notre temps, et dont le déroulement de l’intrigue, s’il n’est pas connu, est tellement prévisible que l’on ne peut parler d’intense suspens.
La fascination vient des (très) jeunes acteurs qui arrivent à assumer leur royal destin avec une sincérité confondante et un talent remarquable. Broyés par l’histoire, ces souverains en devenir, ces reines de maisons de poupées, touchent, par le malheur vers lequel, inexorablement, les mènent des volontés qui les dépassent. La princesse « espagnole » est interprétée par Anamaria Varto-lomei, qui est éblouissante. Autour d’elle, de jeunes talents, tous bien dirigés, et quelques briscards, dont Andréa Féréole, somptueuse, ainsi que Lambert Wilson qui a déjà été meilleur et Olivier Gourmet qui a souvent été pire. Heureusement son rôle de prince régent, le Duc d’Orléans, le fait mourir rapidement, ce qui nous épargne d’autres scènes qui font regretter Philippe Noiret, pour le même personnage, dans le film de Tavernier Que la fête commence, qui aurait pu donner de l’appétit pour le talent à notre Gourmet national.
Il faut se réjouir, paraît-il, que le film ait été tourné en Belgique, que de nombreux techniciens belges aient bénéficié des largesses du tax shelter qui, une fois encore, sert la gloire du cinéma français. Et de l’Ancien Régime dans une période d’interrègne peu connue et qui ne manque pas d’intérêt, même si l’exposé qui en est fait ici, reste d’un classicisme de bon ton, un peu suranné et sans l’ampleur qu’appelle le sujet. Par exemple, les déplacements en carrosse font penser à des pataches allant de relais de poste en relais de poste. Multiplier les cavaliers d’escorte étaient pourtant à la portée d’une post-production, même belge !