Laisser les bronzer, en effet. C’est le prototype de film parfaitement inutile mais auquel il faut reconnaître d’immenses qualités. Inspiré de l’univers de Jean-Patrick Manchette, une garantie dans le polar « ancienne manière » (je veux dire, avant le numérique) et de l’esthétique bien faisandée de Gérard Fromanger qui faisait nos délices d’artiste militant post soixante-huitard. Le tout, dans un style « post Sergio Leone », musique à la manière de Moricone en assaisonnement. Sans oublier les cigarillos immondes et puants. Quelques crapules bien boucanées se préparent à commettre un vol de transport de fonds, comme une croisade contre des Albigeois : tuez-les tous.
C’est ensuite que les choses deviennent originales : recluse, la bande de joyeux farceurs se clive (ils ont des opinions différentes sur le partage du gâteau) et sont, en plus, à la merci d’un flic, façon Le vieux fusil, qui les tient sous la menace de son arme, mal localisée dans cette planque improbable.
Tout ce petit (im)monde, plein de ce savoir vivre propre aux personnages qui incarnent le mal qui est supposé tapi au fond de chacun de nous, se livre à un festival de tire, avec des armes à feu qui ont dû perforer les oreilles de l’ingénieur du son et du mixeur. On entend des rafales à chaque instant. Le Jour le plus long à côté, c’est de la bluette pour stand de foire.
Mais la bande sonore est très soigneusement construite et je vous recommande le bruit du cuire de la veste supposée portée par ce-lui qui regarde dans ces longs plans de caméra subjective où le cadre passe, dans un aller-retour d’horlogerie, d’un profile à l’autre des deux personnes qui se parlent avec ce raffinement délicat qui charme tant. L’usage des focales courtes, pour les très gros plans, est parfaitement illustré ; un cinéma pour apprentis cinéastes. Les cinéphiles ne sont pas obligés d’aimer.
Un mot encore, car le travail est très remarquable, sur les effets visuels nombreux et esthétisants qui émaillent le film en lui donnant ce petit côté « nous sommes des artistes », installé déjà depuis l’avant générique ; mais des artistes pleins de phantasmes. Ah ! Ces corps nus couverts d’or (parce que je le veux bien) ou livrés au Shibari dans des lassos, avec un petit peu d’urophilie, quel régale pour les gens qui s’ennuient.
Voilà, une nouvelle fois le bon usage qui est fait de l’argent du tax shelter, pour tourner (les extérieurs) en Corse, ce qui a un côté très « cinéma belge » comme chacun sait. Oui, sont belges les intérieurs en studio, la postprod image principautaire, et quelques autres éléments noirs jaunes rouges qui sont l’alibi de ce détournement de fonds-là qui, heureusement, fait plus d’heureux que de morts.