INDISPENSABLE ! Si le cinéma avait besoin de justifier son existence, ce film y contribuerait de façon déterminante. Il m’est difficile parfois de qualifier un film « d’inutile » mais ici c’est radicalement l’inverse. Le film a toutes les qualités que l’on attend d’un spectacle et de celles espérées d’un moment d’humanité, de profonde rencontre avec cette forme de Fraternité si difficile à mettre en œuvre, celle entre ennemis irréconciliables.
Nous sommes à Beyrouth et, suite à un incident dérisoire (qui cependant a une forte charge symbolique dans le conflit sans fin du Moyen-Orient puisqu’il s’agit d’eau qui coule), on passe d’un échange peu amène, aux insultes terribles, aux coups, puis aux procès. Tout cela est mené de façon magistrale, filmé avec une vivacité qui ne se relâche jamais, interprété par des acteurs, tous absolument parfaits. Mais c’est surtout (nouvelle démonstration !) la rare qualité du scénario qui charpente fortement cette histoire,
inspirante pour tous les conflits qui opposent les groupes humains, souvent au nom de leurs croyances religieuses, véritables poisons de l’humanité. L’Attentat, du même réalisateur, nous avait déjà convaincu de son courage et de son talent. Ici c’est une magistrale confirmation qui nous en est donnée. Regardez et appréciez en particulier les cadrages fréquemment utilisés qui « taillent » dans le visage, et laisse, au reste de l’image, le soin de le plonger dans un monde qui l’écrase, auquel il est confronté, qui met l’individu et le collectif, face-à-face, au sens propre du terme. Ces face-à-face prennent différentes formes dans ce film indispensable : celui du fils, le personnage central, avec son père. Celui des deux défenseurs, belle idée et grande surprise. Celui des conjoints qui perçoivent les choses différemment, celui de l’information et du respect de la vie privée. Bref, tout cela fait de L’Insulte un hommage à l’humanité, celle qui souffre le plus et pour laquelle les chemins de la réconciliation devraient devenir une voie royale.