Bouleversant, exceptionnel, d’une intensité émotionnelle sans exemple à mes yeux. L’histoire est simple, elle prend naissance à la suite de l’arrestation, par les Allemands, d’un résistant. Nous suivrons le parcours d’angoisse, de doutes, d’espoirs, de sa compagne, Marguerite. Les décors, et surtout le traitement de l’image, la photographie, les lumières, les cadres, l’utilisation des focales, les flous, les profondeurs de champs si bien utilisées, font en sorte que le spectacle épouse les pensées, à courte vue, pénétrantes, imprécises, troublées et troublantes, étriquées, ne laissant qu’entrevoir une partie de la réalité. Et l’une des réussites du film est, me semble-t-il, d’avoir utilisé des images dans lesquelles le personnage se dédouble, sorte de schizophrénie du regard, de la pensée, rendue tangible pour le spectateur. La voix off est d’une élégance admirable, et contribue, pour beaucoup, à créer cette empathie qui alimente les larmes, bien au delà de la fin de la projection, moment prolongé par un lourd silence dans la salle.
Mélanie Thierry est prodigieuse. No make up. Mais, présente dans chaque plan, elle vous pénètre par sa douleur, jusqu’au fond des tripes. Le César de la meilleure actrice lui revient de droit ! Comme pour l’image d’Alexis Kavyrchine. Les décors sont admirables, dans l’ensemble et dans les détails. Tout semble tellement vrai, jusqu’à ces cigarettes puantes et leurs fumées qui diffusent subtilement
les lumières. La bande sonore m’a semblé parfaitement adéquate et, bien qu’écrite avant la guerre, la musique de J’attendrai traverse le cœur lorsqu’elle se fait entendre parmi tant d’autres moments où l’accompagnement sonore joue son rôle, admirablement. J’attendrai est une des adaptations françaises d’une chanson italienne écrite par Nino Rastelli, Tornerai, elle-même inspirée du chœur, à bouche fermée, de l’opéra Madame Butterfly de Puccini. Les paroles françaises sont de Louis Poterat. (Merci Wikipédia).
Mais au delà de ces réussites cinématographiques, ce qui bouleverse dans cette douleur, c’est celle d’une génération qui n’a pas pu faire son deuil, prise entre le besoin de reconstruire, d’oublier au plus vite, de nier souvent, ce qu’il fallut ensuite des décennies pour mettre en lumière. Ce film y contribue de façon magistrale. Et Madame Shulamit Adar est, à elle seule, une raison d’aller voir le film. Elle incarne la maman attendant inlassablement le retour de sa fille qui fut raflée.
Cette production utilise le tax shelter et, une fois encore, au bénéfice exclusif de « l’image française » du film, même si, économiquement parlant, l’argent du contribuable a été dépensée comme il se doit. Mais elle ne contribue pas à la notoriété du cinéma belge qui doit se contenter, pour sa promotion, de la cérémonie des Magritte...