Un film documentaire de très subtile qualité et dont le sujet - qui m’était totalement inconnu - est plus que singulier. L’un des deux fils d’un couple enquête, avec l’aide, e.a. des parents qui sont interrogés, sur la sœur ainée, décédée dans sa plus tendre enfance. En dire plus serait inutile et diminuerait l’un des intérêts du film : la découverte de l’histoire. Mais ce n’est pas seulement cela l’intérêt du film : comment survit-on à ce drame qu’est la perte d’un tout jeune enfant ? Ce qui rend le film très interpellant, c’est la mise à jour des mécanismes de déni, de travestissement des faits, la
reconstruction « frauduleuse » des faits historiques. Et le propos est très astucieusement élargi qui, des faits historiques de cette famille ordinaire, passent à l’Histoire, celle du traitement par les Nazis, des enfants « différents », celle du récit de la fin de la période coloniale française. Il y a, dans la démarche de ce réalisateur, d’un frère donc de l’enfant « disparu », quelque chose à la fois d’indiscret et d’impératif. Les silences, dans une famille, n’arrivent jamais à occulter totalement les choses, mais contribuent à en rendre certaines plus douloureuses.