Voilà un film très léché, soigné comme un séducteur argentin, un soir de bal, gominé, parfumé et avec des chaussures en lézard. L’image est très belle, avec le charme des années 60, belles bagnoles, couleurs saturées, et décors très Guerre Froide. L’ambiance visuelle « expressionniste » et d’un chromatisme symbolique fort (rouge, vert...) retient l’attention. Les séquences de
« référence » sont amusantes lorsqu’elles montrent de très jolies comédies musicales. Une de ces séquences est d’ailleurs tournée avec les acteurs du film, façon Stanley Donen ou Vincente Min-neli. Lorsqu’on a peu à dire, il est bon de répéter un peu ce que les autres ont dit et montré avant vous ; au moins votre cinéma référentiel attestera-t-il de votre cinéphilie.
L’histoire est de pure fiction, sorte d’*uchronie fantasy, si cette catégorie est acceptable pour les spécialistes de ce genre, que j’affectionne peu. Et, en effet, je n’ai jamais vu de films de ce maître du genre. Sally Hawkins, excellente comédienne, campe une femme d’ouvrage (on dit maintenant technicienne de surface, et c’est bien le cas) affligée de mutisme. Elle va rencontrer l’amour, mais sous une forme en latex qui ne se limite pas à l’essentiel. Le corps entier en est couvert. Tout cela dans une ambiance d’espionnage russo-américain, décrite comme dans une bande dessinée pour grands enfants. Trump a eu de grands prédécesseurs, on l’a trop vite oublié. Bref, très haut de gamme pour ceux qui apprécient ce type de performances.