Fil fantôme, invisible, pourrait être la traduction de ce titre et en effet, ce « jeu de mot » est à propos qui évoque le métier de créateur de mode et le lien étrange qui est décrit entre lui et son égérie. Il ne s’agit pas de Paul Poiret, dont certains veulent ranimer la flamme et la légende, ni de Yves Saint-Laurent dont on nous a conté deux fois déjà au cinéma, les moments sulfureux de sa vie, mais du portrait - façon biopic - de Reynolds Woodcock, personnage imaginaire, inspiré par l’époque dominée par Balen-ciaga, et au patronyme un peu coquin (bite de bois...), arbitre des élégances anglaises et bien au delà, puisqu’une princesse belge viendra même se faire confectionner, par lui, sa robe de mariage.
Tout cela dans les années cinquante. Il serait de bon ton de porter aux nues ce trop long film (130 minutes) qui est fait avec un soin égal, sans doute, à celui du travail de l’atelier dirigé par Cyril, la sœur du créateur. Univers très réglé, que vient troubler la jeune et improbable Alma. Bref, un trio étrange, décrit avec un regard d’entomologiste : rien ne lui échappe dans ces relations extrêmement empoisonnées par les perversités psychologiques qu’un grand succès semble rendre « normales, acceptables » au moins, puisque c’est le socle de ce créateur qui nous est dépeint avec une minutie un peu lassante, faute de se renouveler vraiment, de nous surprendre.
Oui, tout est beau, sophistiqué, interprété avec un raffinement et une méticulosité admirable. Mais voilà, c’est un peu empesé, guindé, et surtout répétitif. Il y a une complaisance dans la réalisation qui se pâme devant des décors somptueux, des toilettes évidemment sublimes, des acteurs tous excellents, mais sans que l’histoire, jamais, n’emporte l’adhésion, ni même un intérêt sincère, dès qu’ont été mis en place les mécanismes pervers qui lient, comme par un fil invisible, les 3 protagonistes adeptes forcenés de l’understatement. Ce recours à la litote langagière, qui transforme en véritables événements les éclats dans les conversations généralement si retenues, maitrisées, les emportements soudains et véhéments entre les protagonistes. Hélas ces événements sont peu nombreux et le temps qui s’écoule entre eux est d’une lenteur un peu affligeante.
Et ce n’est pas la musique de Jonny Greenwood (décidément les WOOD ont la cote) qui va soutenir l’attention : la musique est une parodie répétitive des ambiances de bars d’hôtel, tartinées par de faux virtuoses qui, entre des Pimm’s n° 1 et des Martini Dry rêvent de Carnegie Hall.
Une dimension fantomatique encore, est cet ectoplasme, suppo-sé être la mère du couturier, qui vient obséder ses nuits. Là, on tombe un peu dans le ridicule, d’autant que la Mama est chapeautée de façon incroyable.
Un film qui sera porté aux nues par certains, un sujet féministe peut-être, s’il est vu sous cet angle, mais je crains que le réalisateur, scénariste, chef opérateur n’ai perdu le fil des fantômes qu’il poursuivait.