Film en clair-obscur, d’une grande sensibilité, d’une complexité que l’on attribue volontiers aux japonais et qui sort totalement des chemins battus : les malvoyants en sont le sujet central, et en particulier l’audiodescription, cette technique qui consiste à évoquer, pour les aveugles, les images d’un film.
Inutile de dire que tout cela est très ténu, très subtile, difficile de... voir vers quoi la réalisatrice va nous amener ; vers la lumière ? Paradoxe bien entendu, mais bien vu aussi. La fragilité des personnages trouve son reflet dans la fragilité du scénario qui avance, on ne sait trop comment, vers une passion entre la voyante et le non voyant, comme si leur rapprochement, un peu artificiel m’a-t-il semblé, était la rencontre entre les forces obscures, les ténèbres, et l’incarnation d’une forme de beauté, de pureté tant formelle
qu’intérieure. Ayame Misaki est la comédienne sur laquelle repose tout le film ; elle est d’une grâce, d’une intériorité admirable, et contribue pour beaucoup à l’éclat du film qui se manifeste par de multiples rayons lumineux qui irradient de son regard, de ses expressions, d’une très subtile finesse, d’une belle variété.
Bref, à voir lorsque l’on est prêt à éclairer les chemins sinueux des pensées les plus occultes. Les Délices de Tokyo (212) m’avaient fascinés déjà par les mêmes traits qui caractérisent ce film-ci : cadrage au plus prêt des personnes filmées, longs temps de méditation, intrusion de la nature dans toute sa beauté de carte postale, une absence de structure cartésienne qui fait du spectateur un découvreur de codes nouveaux, d’échanges interpersonnels. Vers la lumière mérite d’être vu.