Film important qui se mérite et qu’il faut soutenir car il est d’une brûlante actualité. Trois regards de femmes convergent sur un moment clé : un assassinat qui se veut politique et qui, des années plus tard, ramène à l’avant plan les années de plomb qui ont endeuillées l’Italie. La fille d’un militant d’alors est maintenant adolescente et découvre, sans en comprendre la complexité, cet univers dans lequel son père, antipathique et mal léché, essaye de survivre avec ses schémas en ruines, indéfendables. La sœur de ce planqué de la lutte armée, vit encore en Italie, proche de leur mère. Et ces 3 générations portent un regard sur cette aventure épouvantable dans laquelle la vie humaine, aux yeux de certains, n’avait plus d’autre valeur que d’être arbitrairement supprimée pour des motifs apparemment idéalistes mais qui se sont avérés
de sinistres crapuleries baignées dans un jargon de fumigène. Une interview dans le film est sans doute l’un des moments les plus intéressants qui nourrit la réflexion sur ces trajectoires pathétiques qui ont abouti à restaurer une droite dure, au lieu de concourir à une amélioration de la vie des plus démunis. Marilyne Canto est la journaliste, une actrice d’exception. L’image, éclairée avec les moyens du bord, concourt pour beaucoup au réalisme et à la pesanteur des ambiances. La structure du film est très subtilement construite, les enfants donnent à ce récit, quelque peu étouffant, une respiration, un espoir d’avenir et un charme humain, dont nous avons bien besoin aujourd’hui où se perpétuent le même genre de gestes de mort motivés par une pensée en bouillie. Car après la guerre, c’est encore la guerre.