Au secours, Chantal Ackerman est de retour, dans ce style vaniteux, prétentieux, d’une vacuité abyssale et d’une arrogance himalayenne qui font de ce genre de film un exercice difficile, celui qui consiste à choisir entre la fuite et la sidération. Que se passe-t-il durant 95 minutes ? Rien. Un vague prétexte, dont le spectateur est considéré comme indigne d’être informé de façon précise, fait de Hannah une femme livrée à elle-même, seule, sauf lorsqu’elle fréquente un groupe de thérapie aussi caricatural que ridicule, lorsqu’elle fait son travail de femme de ménage, lorsqu’elle vaque à ses petites affaires. Et l’on s’ennuie désespérément à admirer l’actrice absolument fascinante d’intériorité, assumant son âge, son apparence marquée par le temps, sa peau qui s’avachit et qui donne à son visage, à son regard, une force
exceptionnelle, une densité qui laisse espérer jusqu’à la fin, que quelque chose d’intéressant va avoir lieu. Le cadre d’un format
« grand écran » est utilisé de façon paradoxale, essentiellement en plan poitrine, avec des artifices d’avant plans, pour en équilibrer de façon esthétisante la composition. Généralement immobile, la caméra propose une mise en scène verrouillée, statique, dogmatique et un peu provocante : Charlotte Rampling est filmée souvent en « profil perdu », son visage sort du cadre. Tout cela est tourné sur pellicule, les miroirs sont surabondamment utilisés, pour leurs effets d’optiques, mais aussi pour leur symbolique un peu pataude. Le spectateur n’arrive pas à voir ce qui constitue l’environnement tant physique que mental de cet exercice pour cinéaste radicalisé dans un formalisme délétère.