Lettre adressée au co-producteur.
Cher Jean-Luc,
L’émotion que l’on ressent tout au long du film Goobye Bafana est d’une rare qualité.
Elle prend sa source dans ce moment où bascule un terrible archaïsme qui fut pour toute notre génération la honte suprême que portaient au front certains blancs, et par une gênante contagion, tous ceux de cette espèce, dominatrice et arrogante.
Le point de vue, somme toute modeste, choisi pour la narration de cette histoire est particulièrement subtil. Un homme simple, père de famille traditionnelle, prêt à servir son pays jusqu’à la pire des servitudes, celle qui engendre la mort.
Son épouse terriblement conservatrice, médiocrement ambitieuse, servile jusqu’à l’hystérie, deviendra par une lente évolution le meilleur soutien de cet homme confronté aux interrogations les plus fondamentales.
Et ce qui rend ces deux destins si proches, si contrastés et si douloureux, à ce point touchant, c’est l’interprétation magnifique des comédiens.
Rarement l’on voit ainsi incarné le naturel petit bourgeois avec autant de réalisme, de finesse, de nuance et au cours du film, de changements subtils qui renforcent la vérité intérieure de la vie de ces gens, oubliés parmi les sans grades de l’ombre.
Tous les rôles du film sont admirablement tenus par des acteurs d’exception, d’une vérité forte, immédiate, parfaitement en place. C’est particulièrement vrai pour les «civils» qui, de rencontre
en rencontre, renforcent leur pression sur cet homme modeste, otage d’un destin qui le dépasse.
L’adjoint, dans le bureau de la première prison, est un modèle d’interprétation. Chaque regard, chaque geste, la tartine abandonnée à regret par sens du respect hiérarchique, tout dit chez ce jeune homme le soupçon, la veulerie, la roublardise d’un censeur de basse extraction.
Le point de vue, celui du gardien, permet d’évoquer, parfois très allusivement, la grande Histoire, celle de ce titan de l’espèce humaine qui fit de toute sa vie un combat pour la dignité.
Mais ce sont les conséquences sur le petit blanc qui sont examinées, observées finement. Petit à petit, son opinion évolue, nourrie d’une nostalgie d’enfant qui faisait d’un combat aux bâtons le symbole d’une rivalité à chances égales. Eloigné de celui qui en fut le partenaire et l’initiateur, le petit blanc a nourri ses doutes de ce lointain combat à armes égales.
Toute l’évolution est très joliment soutenue par les signes du temps qui passe : les vêtements, le mobilier, les voitures, les coiffures qui concourent à donner au film une discrète élégance, de celle que seules les reconstitutions historiques, bien maîtrisées parce qu’elles servent l’histoire, créent comme un rêve nimbé de nostalgie.
La photo de Robert Fraisse est admirable qui donne de ce pays une image écrasée de soleil, et de ces prisons une sensation glaciale.
Les cadres d’un très grand classicisme permettent de montrer, le plus souvent du point de vue du simple observateur, un univers rigide, très « cadré » justement, sans ces excès du cinéma baroque qui détournent des tensions fondamentales qui tiennent en halène des spectateurs que les effets perturberaient alors que la