Film profondément touchant, mené avec un immense tact, malgré le sujet difficile. De Chine viennent à Paris de jeunes épouses espérant y faire fortune en peu de temps, comme le prétendent de véritables marchands d’esclaves.
Pour survivre, ces jeunes chinoises, endettées par le voyage, s’initient mutuellement à la prostitution. Nous découvrons donc, en début puis en fin de film, le quotidien de la vie provinciale de la petite bourgeoisie chinoise. Déjà le film mérite, pour cela, le plus grand intérêt. Puis la description terrible de l’esclavage en plein Paris est une immense question qui ne peut laisser indifférent.
Qu’est-ce que le tax shelter belge vient faire là dedans me deman-derez-vous... Sans doute ce film n’aurait-il pu exister sans cela, soit. Et beaucoup de « belges » y ont collaboré. Le réalisateur, comme la production, sont belges et Olivier Meys a donné à voir des films sur la Chine qu’il semble bien connaître.
Son talent s’exprime, entre autre, par le choix très déterminé des cadrages serrés. Rarement plus que des plans « buste » certes, parce que les lieux sont confinés, mais surtout pour mettre, en quelque sorte, les protagonistes « en cage ». C’est fait avec finesse et même pour les plans extérieurs, le choix des focales longues contribue à isoler les comédiennes.
Car c’est un film montrant la condition féminine la plus sordide qui puisse être. Le retour en Chine réserve son lot d’épreuves, mais laisse espérer aussi que la vie gagnera sur le plus sordide destin qui puisse se concevoir.
Le film est « porté » par l’actrice Lizhe Fan, absolument parfaite, elle est de tous les plans et ne perd jamais cette intériorité qui la rend fascinante. La comparaison vient à l’esprit avec Charlotte Rampling, vue il y a peu, dans Hannah. De sacrées comédiennes sur qui l’on peut bâtir des œuvres difficiles et intéressantes.