Mérite d’être dévoré à pleines dents. Voilà un film sans effet, sans tape à l’œil, qui nous fait suivre les destins parallèles de deux sœurs. Dans le milieu du cinéma. Elles sont belles et talentueuses, mais Samia, la cadette, « marche » mieux. Mariée, mère, il semble que tout lui réussisse. Et bien entendu c’est le renversement progressif des choses qui est montré de très subtile façon, avec un nombre d’histoires « fausses pistes » qui pimentent de manière amusante, originale, intrigante le « destin » qui va jouer un rôle donnant à ce film, léger en apparence, l’étoffe discrète d’une tragédie antique. La maitrise de l’image, tant photographique avec ces contre-jours et ces clairs-obscurs très marqués que par les cadres allongés, marquant nettement les territoires, les espaces, les enfermements, tout cela concourt à « cadrer » le récit. Les mouvements d’appareil sont à eux seuls, des montées d’angoisse. La musique subtilement utilisée accompagne les tensions et les émotions du scénario.
Les comédiens sont tous intéressants, (peut-être pas le mari...) une particulière attention à l’acteur qui est metteur en scène et qui va exprimer quelque chose de grave : il revendique le mépris des gens dont il s’empare de l’histoire au motif qu’un créateur « a le droit » de se nourrir de la douleur des autres, pour l’interroger,
la sublimer, et je ne sais quoi encore. Nous voilà exactement face à Lafosse, le carnivore de Aimer à perdre la raison ! (015).
Je ne peux profiter de ce billet d’humeur sans exprimer mon agacement exaspéré à l’écoute de Monsieur Hugues Dayer qui pérore avec fatuité à la radio, sur La 1ère, dédaigneux et méprisant comme trop souvent à son habitue. On se fiche complètement de son avis personnel, ce qui peut intéresser c’est le film, pas ses états d’âme. Lisez ce qu’il disait de Carnivore. Après avoir fait étalage de sa culture, il décrète : « Un film ambitieux mais les deux frères n’ont pas les moyens de leur ambition car le film, hélas enchaîne pas mal de poncifs dramatiques. Tirer son épingle du jeu ça ne signifie pas rendre le film prioritaire et très recommandable. Je pense que Yan-nick et Jérémie vont retourner devant la caméra où ils expriment tout leur talent.*»
Comment être plus méprisant, condescendant et parfaitement injuste. Ce critique devrait être définitivement réduit au silence. Non pas qu’il ne puisse pas dire ce qu’il pense, mais le faire de là où il peut tellement nuire, de façon si subjective, au travail des autres, c’en est insupportable. Passez à table, allez voir Carnivore avant que de telles critiques ne le dévorent et le rejettent hors des écrans.