Faites une bonne réputation à ce film : il en vaut largement la peine. Le récit autobiographique de la réalisatrice nous montre une famille pakistanaise classique, parfaitement intégrée dans son exil en Norvège. Mais les usages, les codes, les contraintes issues de la tradition restent la seule règle qui dirige la famille. La jeune fille adolescente va y être très durement confrontée.
Le film est structuré en 3 chapitres, le deuxième se déroulant au Pakistan. Tout est captivant et les interprètes communiquent admirablement leurs tensions intérieures, leurs frustrations, leurs envies et leurs colères. Au delà du récit proprement dit, parfois un peu longuet, il y a une méditation sur la place de la femme dans la société qui nous interpelle tous. Le féminisme a encore de vastes
territoires à conquérir. Un accent particulier est mis, dans le film, sur l’angoisse du qu’en dira-t-on obsessionnel et fantasmé. Un autre film, Noces de Stephan Streker (361), labourait déjà le même terrain, celui de l’obstination à imposer des règles insensées. Streker avait un punch, une efficacité dans la narration qui ne s’imposent pas ici, tant le film est subtilement descriptif, avec une attention toute particulière à la position de la caméra qui filme sans désemparer la jeune actrice absolument parfaite dans ce premier rôle.
Dans les dernières minutes du film, vous serez sensibles à un regard, celui de la petite sœur, couchée dans la pénombre, qui regarde sa sœur agir et qui nous fait espérer que cette grande sœur sera un modèle pour sa cadette.