Plaisant, aimable, mais de là à dire qu’il faut courir vite pour aller le voir, il y a une nuance, parce que le film s’inscrit de façon militante dans un genre très marqué, celui des amours homosexuelles masculines. En outre, le style de narration est très « éclaté » et le spectateur doit recomposer, tout au long de la projection, le puzzle dont les pièces sont délivrées dans un certain désordre.
Des amours passées et nostalgiques, des « coups de queue » joyeux et éphémères, des jeux de séduction complexes et zigza-gants, des scènes presque de reportage sur ce que Trenet chantait de façon allusive dans Le jardin extraordinaire, cette drague anonyme, faite de signes infimes entre mâles en recherche de jouissances purement physiques.
Et tout cela se déroule dans la vie plus ou moins réelle. Certains travaillent, d’autres se prostituent, tous essayent de vivre leur nature et leurs désirs d’amour avec beaucoup de variété et de souffrance. Le film est situé en 1993, et le sida y fait des ravages. Ce
n’est pas un film qui se consacre à cette question, mais qui replace le sida, la mort, au centre d’un choix de vies parfois atrocement détruites. Il y a une scène de Piéta dans une baignoire, des dialogues très émouvants. Même si, de façon générale, le langage utilisé est très singulier, abscons et trop souvent inaudible pour des raisons de qualité de prise de son et de mixage (caractéristique du cinéma français...). Le récit mêle (et emmêle) les scènes réelles et celles fantasmées. Ce qui n’est ni simple ni dépourvu d’intérêt, mais parfois d’une lecture difficile à décrypter.
Un film qui est à l’inverse du feel good movie, un film âpre, ce qui en fait son intérêt principal. Le metteur en scène est, depuis longtemps, (ré)actif sur les questions de société, dans le monde du cinéma et du théâtre, une personnalité forte en gueule qui, une nouvelle fois, montre sa manière de penser, de façon directe, très complexe, sensible et singulière. Un film, si non « inclassable » du moins très particulier et donc très intéressant qui tranche enfin dans la cinématographie française de bon ton.