Voici une production comme l’on aimerait en voir plus souvent. Les moyens publics de financement belges contribuent significativement à une œuvre qui parle de notre pays. L’histoire est adaptée d’un roman de Tom Lanoye, l’un des plus importants romanciers néerlandophones belges, comme l’était déjà Sprakeloos - La langue de ma Mère (376) de Hilde Van Mieghem, une autre adaptation d’un roman du même auteur.
Peut-être ne retrouve-t-on pas ici cette gouaille et le talent inventif de l’image, de la construction narrative, du film de Hilde Van Mie-ghem, mais Troisièmes Noces ne démérite pas. Les acteurs surtout occupent l’écran avec leurs éclatants talents, leurs sensibilités, leurs humours et souvent leurs drôleries. Au-delà de l’anecdote du film (le mariage blanc entre un veuf homosexuel déprimé et une jeune femme, noire comme il se doit) le récit nous fait côtoyer un
quotidien peu connu, celui des marginalisés sur lesquels la société porte généralement un regard suspicieux, craintif. Ici, vous apprendrez à aimer la différence, les laissés pour comptes par les battants qui les ont battus par manque d’attention, de tendresse. Certes le film n’est guère soutenu, faute d’inventivité plastique, ou du montage qui est assez « installé » et sans surprise. Sans doute est-ce le prix à payer pour un film qui en annonce d’autres, que l’on peut espérer de la même veine, celle où coule notre culture locale, notre singularité, irriguée par les bienfaits du tax shelter. David Lambert a écrit des scénarios déjà, tournés par d’autres, il a réalisé 2 longs métrages. L’homosexualité est au centre de ses sujets, comme il semble que ce soit souvent la cas de la fiction actuelle. Elle est traitée ici avec une immense tendresse, et le talent de Bouli Lanners y est incontestablement pour beaucoup.