Certainement pas « doux ». Mais passionnant. Un film « de genre », le Western, façon Spaghetti, ici l’on titrerait plutôt L’Aborigène, le juge et le sergent. Une histoire qui séduit essentiellement par le dépaysement, dans des paysages exceptionnels, avec des acteurs tous excellents, par la vigueur des tempéraments (de brutes épaisses) dépeints, l’on devrait écrire « burinés », à coups de feu et de fouet.
Âmes sensibles, apprêtez-vous à baisser les yeux de temps en temps. Tout cela pèse des tonnes, prend son temps, il y a une ambiance de méchanceté, de confrontation absolument paroxystique qui fait prendre patience quand les plans et les séquences s’éternisent un peu dans le pas cadencé des bottes de cow-boy filmées en gros plan et long travelling, où l’errance d’un cheval sur un lac salé.
La photographie (dont le réalisateur a assuré la direction) est somptueuse, façon echtakrome de la grande époque, utilisant la lumière naturelle écrasante, avec des ombres très marquées. La structure narrative avec des plans en flashback est subtilement ornementée, mais sans que cela ne donne trop l’impression d’une sophistication de style intellectualisant.
C’est un film noir, très pessimiste sur le genre humain. Mais un spectacle aux qualités fortes et nombreuses. La principale sans doute est de nous confronter, via l’histoire et la fiction, à l’actualité et à la réalité des comportements les plus ségrégationnistes.