Taxi II. L’on se souvient du sort funeste réservé à ce réalisateur iranien qui avait obtenu l’ours d’or à la Berlinade 2015 pour Taxi Té-héran (122), film qui avait eu un grand retentissement, plus pour son combat que pour ses qualités intrinsèques. A mes yeux du moins. Et voici que notre chauffeur de taxi reprend du service, mais cette fois avec une seule passagère et pour poursuivre une seule intrigue. L’idée est forte qui consiste à retrouver une jeune fille désespérée qui semble avoir mis fin à ses jours faute de pouvoir suivre sa vocation, sous l’immense pression conservatrice de sa famille. Cette recherche lente, chaotique, obstinée et pleine de rebondissements et de scènes très savoureuses, celles des rencontres, mérite d’être suivie avec attention et bienveillance car sans doute jamais aucun de nous n’aura accès à ce monde reclus dans des montagnes où les langues parlées rendent parfois la communication la plus élémentaire impossible. Que dire alors des conditions de vie de cette population survivant à grand peine dans une arriération matérielle et intellectuelle vertigineuse ? C’est sur ce monde que le discret réalisateur/acteur porte un regard bienveillant, qui, chose amusante, n’est jamais capté par la caméra. Jafar Panahi est souvent à l’image, portant des lunettes teintées de myope, qui dérobent ses yeux au regard du spectateur. Cela crée à la longue, une étrange impression, celle du regard insaisissable qui s’efforce de capter une réalité qui l’est tout autant. La comédienne, Behnaz Jafari, est une vedette dans son pays, et a collaboré à plusieurs films qui ont eu une carrière importante au delà de l’Iran. Cela nous vaut d’amusantes scènes où sa notoriété la rend attirante et sa quête de la jeune fille qui rue dans les brancards, intrusive, scandaleuse. Le nombre de scènes de dialogue
« impossibles » est énorme, le thé, et d’autres douceurs, n’arrivent pas toujours à créer le lien entre les gens du terroir et ces deux artistes venus de la ville, soulevant sur leur passage des envies et des rejets qu’il n’est pas toujours aisé de décrypter pour nous, occidentaux. Les moyens mis en œuvre pour filmer sont, en soi, une leçon de cinéma : caméra en voiture, lumières minimalistes, mouvements d’appareil, tout concourt à une écriture singulière et pleine d’espérance, celle qui relève les défis les plus désespérés. C’est aussi cela le bon cinéma, nous confronter à des styles, des lieux, des gens, des cultures, des mentalités en dehors de nos codes habituels. Ici, les trois visages de ces trois femmes montrent chacun des aspects captivants d’une société en mutation, malgré les crétins qui veulent immobiliser le pays et sa culture sous le joug d’une religion, de croyances et d’intérêts plus obscures les uns que les autres. Voir ce film est éclairant.