Ce n’est pas un feel good movie. L’ambiance y est âpre, les tempéraments des deux protagonistes très contrastés : une femme vivant une déchéance effroyable, une autre tentant de maintenir une sorte de bien être classique dans sa famille. Le tout dans un pays reculé, d’une misère affligeante, oublié du bonheur. La fille d’une dizaine d’années, les cheveux d’un charmant blond vénitien, va voir et faire voir cet univers si dur, si désespéré. Les personnages sont filmés par un grand angle qui colle au nez ou à la nuque de chacun, monté sur une caméra d’une constante mobilité qui nous rappelle le parti pris des cadrages de Rosetta. La bande sonore, la musique aussi, sont en parfaite harmonie avec les décors, les moments terribles que cette jeune fille découvre, partage,
durant une espèce de chemin initiatique où rien ne lui est épargné. Le film propose toute une série de scènes « symboliques », à l’église e.a. des lavements de pieds, bref, des moments qui répondent de façon allégorique au parcours rocailleux que nous suivons dans cette campagne sarde, dans ces paysages qui sont tout autant des symboles d’une âpreté parfois violente. Le film est construit comme une courte tragédie antique dans laquelle l’univers décrit semble la proie de volontés immanentes. L’un des intérêts du film, outre ses choix esthétiques très marqués, est, une fois encore, l’impossibilité absurde de maintenir un secret de famille. Cette naïve tentative débouche sur des échanges qui sont autant de blessures pour la vie.